"Sous la tente" de Sunny War Cloud,

 

 

Chronique #84 (3 janvier 2007)

 

    Bonjour chers amateurs de lutte, 

                                    

La première des choses, ce que je veux vous souhaiter pour la nouvelle année c’est de la santé, du grand bonheur en couple ainsi qu’en famille et de l'argent plein les poches. Si vous êtes en santé, vous pouvez travailler fort, vous entraîner fort et donner plein d'amour à vos proches. Donc, l’année 2007, je souhaite que ce soit la vôtre. Vu qu'il n'y a pas beaucoup de neige à déblayer, je vous invite encore une fois ''Sous la tente'' par cette belle journée douce (les boîtes aux lettre cet hiver, c'est vraiment un plaisir... on est payé pareil et on ne travaille pas).

 

À voir l'exécution de Saddam Hussein aux 15 minutes à LCN, j'espère bien que la directrice du Centre Marcoux ainsi que les dirigeantes et dirigeants d'autres salles communautaires en province qui ne veulent pas louer leurs salles pour de la lutte, avouent enfin que ce spectacle désolant à la télé est bien plus violent que la lutte.

 

Combien de jeunes enfants ont vu ça vous pensez?

 

Tant qu'à Saddam Hussein, la vie s'est occupée de lui, soit la loi du retour. Qui tue par l'épée meurt par l'épée.

 

Et en observant cette autre mascarade de prisonniers Iraquiens cagoulés et prêts à être pendus aussi pour cause de viol et pédophilie, j'espère que nos accusés ici au Québec pour la même cause qui se sont ramassés une peine de 2 ans moins 1 jours logés, nourris ou en société, se comptent chanceux d'être au Québec. Je suppose que l’Iraq ne veut pas dépenser 70,000.00$ par année pour chaque accusé violeur ou pédophile lorsqu'on sait que cette maladie est incurable.

 

Si vous voulez savoir si le show à Jacques Rougeau à Verdun a bien fonctionné, eh bien je n'y étais pas, car j'étais cloué au lit pour 3 jours solide et j’ai manqué du travail par surcroit; oui, une sinusite accompagné d'une grippe musculaire (une grippe d'homme) et un début de pneumonie qui s'est échelonné du 25 au 31 décembre.

 

Ce sont dans ces moments que l'on voit qu'on est pas grand chose et pas invincible, je vous le jure, surtout à 4 pattes devant le médecin; c'est aussi dans ces pénibles moments que c'est important d'avoir une famille sur qui l’on peut compter. Merci Karen et les enfants.

 

En tentant de récupérer dans mon fauteuil, j'ai eu tout mon temps pour visionner attentivement une de mes cassettes de la CCW, soit "Summer Breakout 2003", et je me demandais où j'en serais rendu aujourd'hui en janvier 2007 dans cette aventure. Sans contredit, je l'avais la fédération; c'était la plus belle salle, les gros shows mensuels, c'était toujours plein (tapes à l'appui) et les "boys" travaillaient fort.

 

Juste pour me réconcilier un peu avec eux, j'avais les meilleurs qui donnaient tout à chaque semaine. Le combat d'échelle à 3 équipes avec la valise à 15 pieds dans les airs était quelque chose à voir (Summer Breakout 2003).

 

Oui en 2007, où j'en serais rendu si j'aurais eu un appui inconditionnel de tous mes gars (en dehors du ring) et surtout de la directrice "qui me stiffait à tours de bras", car j'avais du budget à réinvestir dans cette fédération qui a rempli et meublée que des Québécois. Vous savez, j'étais la seule activité qui fonctionnait très bien au Centre Marcoux, avec les quilles qui y sont 7 jours par semaine, mais depuis la loi sur la cigarette, a vu plus de la moitié des gens déserter le salon de quilles. Donc, par le biais d’un informateur interne, je sais qu’il n'y a plus rien qui fonctionne dans ce Centre dirigé de façon Iraquienne.

 

Mais une chose qu'il est important de mentionner, c'est que 80% de mes lutteurs n'avaient, ou presque, pas 20 ans dans le temps. Donc, les obligations de la vie ne sont pas les mêmes, car si je regarde aujourd'hui, plusieurs se sont engagés, plusieurs aussi ne sont "plus game" de faire les fous ou ne sont plus capable tout court, et certains en vieillissant n'ont plus la passion, donc les vrais sont restés.

 

Le 9 Décembre dernier, je fus invité par la TUW de Thetford-Mines pour lutter et en arrivant sur les lieux, j'ai vu que la petite "business" semblait sérieuse. Au fait, ce sont mes anciennes accessoires qui y sont et ça fait toujours un beau décor. Ce qui m'a le plus surpris, c'est le vestiaire, car l'organisation de la TUW prends soin des "boys"; tout y était: eau, café, jus de toutes sortes, fruit, toilettes et DOUCHE.  Un beau et sain climat flottait dans le vestiaire et le "meeting" d'avant show a été fait par Anthony Bouffard, soit le jeune président de la TUW.

 

C'est vraiment là que j'ai accroché, car c'était du MEETING croyez-moi. Jamais de ma vie je n'ai vu quelqu'un de cet âge (20 max) parler avec tant de calme, de fermeté, enfin il ne se répétait pas. Je l'écoutais comme un "mark", comme si il avait mon âge. Il détenait une maturité sans borne, avec un vocabulaire autant enrichi que poli. Enfin, j'ai trouvé ça rafraîchissant et sachez que j'en ai vu du monde et entendu des "meetings", et je n'ai pas l'habitude de louanger quelqu'un pour rien, mais de l'autre côté (dans la salle), c'était désolant car c'était vide ou à peu près, 50 personnes environ.

 

Pour le travail qu'il y a et l'investissement, c'est vraiment peu mais, sachant que le père d'Anthony "back $$$", ça lui coûte encore moins cher que si son fils jouait au hockey et pendant qu'il "trippe" sur la lutte et sa TUW, il ne traîne pas les rues avec les "losers". Juste une couple de choses à rajouter pour la TUW, je crois que ça faisait un gros + pour les jeunes d'avoir l'excellent El Generico parmi vous. Donc, à l'avenir, lorsque vous le pourrez, il serait très profitable d'avoir des bons invités et pour l'autre chose qui s'adresse non pas seulement à vous mais à toutes les fédérations, c'est que pour le grand bien des fans et des lutteurs, les intermissions…CALISSEZ ÇA aux vidanges, car de un, dans aucun endroit, on n'a pas à descendre 3 étages pour aller aux toilettes ou aller chercher un breuvage et, de deux, ça rallonge drôlement les shows tout en abaissant la "heat" au plancher pour le combat suivant.

 

Dans la chronique précédente, je parlais de Kevin Steen, qui je crois a passé le test à savoir s’il était capable de s'exiler de longs moments loin de chez lui, de ses parents, du Québec. Oui, deux longs mois, il faut le faire et je crois que c'est primordial dans la définition d'un vrai lutteur. Je veux dire que j'en ai vu à côté de moi des gros bonhommes de 6'4 300 livres pleurer à tous les jours dans la boîte téléphonique et hypothéquer presque tout leurs "pay off " dans les interurbains et souvent, lorsque "la blonde" ne répondait plus à l'autre bout passé 3 jours, ceux-ci levaient les feutres pour retourner chez eux, même si le "booker" prenait soin d'eux.

 

Souvent certains promoteurs, pour s'assurer de la présence du lutteur en qui il avait investi beaucoup d'argent dans la publicité, auraient voulu s'accaparer du passeport du lutteur concerné afin que celui-ci "fasse son temps". Le lutteur -promoteur Carlos Colon à Porto- Rico avait des plogues à l'aéroport de l'endroit pour surveiller ceux qui voulaient s'en aller trop vite. Vous savez lorsque la WWE ou TNA congédient un lutteur, si celui-ci est moindrement gros, le Japon est à peu près le seul endroit qui reste où il peut s'arracher un peu la vie. Donc, s’il a toujours été "flatté" et "dorloté" aux USA , il va voir que c'est pas la même "game" au Japon ou ailleurs. Lorsque Lutte Internationale a fermé ses portes, j'en connais quelques uns de ces "dorlotés" qui n'avaient "jamais sorti", qui n'ont pas osé aller prendre des "bumps" en dehors du Québec. Leurs carrières se sont terminés "drette" là.

 

Tous les lutteurs Américains et Canadiens qui sont au Japon, en Europe ou en Asie, c'est parce qu'il n'y a pas de jobs convenable pour eux chez eux. Si la WWF du temps aurait donné du travail régulier à Abdullah, Bruiser Brody, Stan Hansen ou Luc Poirier, ces derniers n'auraient pas vécu 75% de leurs vies au Japon et en Europe.

 

Lorsque Ricky Martel s'est exilé à 18 ans, c'est parce qu'il n'y avait que des miettes pour lui au Québec; même chose pour Denis Goulet , Brick Crawford et Sunny War Cloud; nous sommes partis parce qu'à un "booking" par semaine, nous ne pouvions vivre, mais à 7 par semaine, c'était très bien, mais nous étions capables de maîtriser l'ennui, la douleur, les longs voyages et la vie en communauté. Ces qualités ne sont pas toutes incluses avec tous les lutteurs.

 

J'ai lu l'autre jour, à quelque part, qu'il y avait plein de lutteuses de certaines fédérations qui sont invitées à la ALF et qui ne savent pas lutter. Je crois cette hypothèse, car j'en compte pas plus de 10 filles au Québec qui peuvent donner de quoi d'intéressant pour un 8 minutes. C'est pas facile de rouler une fédération avec 10 personnes qui maîtrisent bien leurs arts et 15 autres qui sont "vertes". Dans ces cas, on n'as pas le choix et on fait appel à des hommes pour redonner un lustre au spectacle.

 

Mais pourquoi pas une école de lutte strictement féminine?

 

Il y a bien des gyms qui s'exécutent seulement au féminin. Mais qui prendrait la charge et où ? La ALF bien sûr! Ils ont eu le "guts" et l'énergie pour partir le bal et ça fonctionne, donc l'école de lutte féminine de la ALF, et ce, dans les mêmes locaux si disponible.

 

Mais qui serait le professeur ?

 

Ne m'arrivez pas avec un lutteur célibataire qui se cherche une blonde ou d'un autre qui est tanné de la sienne et qui n'as que des "jokes" de cul à conter entre deux "moves". Le candidat IDÉAL je crois serait Lufisto. Qui d'autres?

 

En plus d'être la doyenne en frais d'ancienneté, elle est la meilleure au Québec et elle en est une autre qui n'as pas eu peur de s'exiler pour apprendre et manger des coups; en plus, elle a des choses à conter, des périples intéressants dans d'autres pays qui sont très enrichissants à partager. Personne d'autres ne peut avoir la confiance des jeunes filles qui veulent apprendre à lutter. Oui, l'école de lutte féminine de la ALF avec Lufisto comme professeur.

 

Cependant, connaissant toute l'énergie qu'enseigner la lutte peut demander, notre Lufisto n'a pas à le faire pour rien; la ALF encaisse $ et Lufisto encaisse $. Il n'y a pas de fortune à faire là-dedans, mais moi je chargeais des sous, Kevin Martel aussi de même que Marc The Grizzly aussi. Oui, nous appartenons à un monde de pauvres, mais les filles je crois sont moins "cassées" que les gars, du moins elles sont plus débrouillardes.

 

Pour continuer, les portes de cette école lorsqu'en fonction devraient être cadenassées pour avoir une parfaite intimité, pour ne pas qu'un "requin" ne s'introduise et je parle en connaissance de cause (CCW). Souvent, les nouveaux ou nouvelles et c'est pire dans le cas des filles, sont gênées, soit de nature, de leurs personnes, leurs physiques… Bref, elles n'ont pas à exhiber leurs premières chutes ou réactions devant des gars ou autres qui se disent "expert".

 

J'en avais une à l'école de lutte de la CCW, Britanny, une jeune beauté; eh bien, dans les pratiques, elle attirait plus de monde ou autant que dans les shows relèves, mais si elle aurait pesé 200 livres sur 5'3 pieds avec plein de boutons dans le visage, elle et moi aurions eu la paix. Donc, l'idée de l'école de lutte est envoyée et faites en ce que vous en voulez, mais il est vraiment vrai que plus de la moitié des filles au Québec qui s'exercent devant public ne sont pas prêtes et font rire d'elles, ce qui peut mener loin dans la confiance d'une personne, et ce, en dehors de la lutte.

 

Un autre qui va faire rire de lui, c'est Éric Lucas et je trouve cela dommage.

 

Vous savez, la boxe s'emplume autant de ridicule que la lutte. Lucas en est un autre qui le plus sérieusement du monde se retirait de la boxe pour prendre soin de sa petite famille. Déjà un retour. Après les retours et une autre bourde encore la semaine passée de Mike Tyson, ceux des Hiltons, retour de Stéphane Ouellet, et maintenant, d’Éric Lucas. Dans une couple de mois, son entraîneur Stéphane Larouche, qui aime autant les caméras que Jacques Rougeau, viendra nous dire qu'il n'a jamais vu Lucas dans une si belle forme.

 

La boxe vous savez, c'est souvent un show comme la lutte; on donnera à Lucas une couple de petits jobbers noirs de New-York, après quoi, on va nous faire croire que Lucas-Beyer va remplir le Centre Bell, mais Marcus Beyer ne mordra pas à l'hameçon. Lui au moins, il sait que lorsque tu boxes à l'extérieur ou sur le plancher de l'autre, tu te dois de passer le KO à ton adversaire, sinon tu perds.

 

En passant, j'ai adoré le film de Rocky Balboa. À 60 ans , il faut le faire. Ce combat entre Rocky et le jeune noir me faisait penser un peu à Hogan VS The Rock. Combat équilibré, mais la jeunesse a triomphé. Bravo! Un 9 sur 10 pour le film.

 

Je crois que je me suis refait un chum en Mauricie, il s'appelle Réjean Désaulniers. Au fait, j'ai vu que ma photo, photo qui a été prise à Sorel en 1987, avait été mise sur le site de la FCL parmi les lutteurs invités. Oui, Réjean m'a téléphoné et on s'est parlé une vingtaine de minutes et ça été très bien. Un souper est prévu prochainement et je souhaite que cette chicane que je n'ai jamais voulu ne revienne plus.

 

Martin Blais, qui est de la compétition là-bas, est également un bon chum et jamais je ne veux travailler contre lui, donc je suis heureux car j'ai plein de chums en Mauricie.
Le fameux gala des 20 ans de la NCW est maintenant chose du passé, j'ai adoré et j'en prendrais d'autres comme ça.

 

Je vous le redis encore et encore, ce sont des galas de ce genre qui me donnent encore le goût d'être là. Une couple de jours avant ce grand jour, quelqu'un m'avait dit très fort: "Sunny, ce show là va être pourri".

 

"Comment ça pourri, sur quoi te bases tu ?".

 

"Écoutes Sunny, ça va être plein de vieux "has been" finis qui ne luttent plus depuis des années, qui ne sont pas en forme et qui n'ont jamais su lutter de leurs vies, même qui n'ont jamais attiré dans ce temps là. De quoi on va avoir l'air dans tout ça?".

 

"Regardes bien mon chum, je verrai d'ici ce temps là, mais je crois que ce sera une fête, ma fête et la fête de tous."

 

À mon arrivée au Centre NDR dans la fin de l'après-midi, j'ai remarqué du monde, plein de monde, enfin plein que je ne connaissais pas mais qui savaient qui j'étais. Tout le monde était souriant et jovial, bref le tout semblait aussi gros que Challengemania ou même plus, sans vouloir en mettre.

 

Les mêmes gros décors qu'à Challengemania, des jeux de lumières, gros écran géant, systèmes de son à la hauteur. Tout d'un coup, en voyant toutes ces installations, l'adrénaline est montée en dedans de moi et vlan, en 5 secondes, j'avais rajeuni de 25 ans tout en remerciant à l'intérieur de moi le Bon Dieu de m'avoir privilégié de pouvoir encore vivre ça en fin de 2006.

 

Cinq minutes après l'ouverture, quelqu'un est venu dire que le line-up s'étendait jusqu'à la rue St- Hubert. D'un trait, je pris l'escalier de côté pour aller vérifier la véracité de ses dires, tout comme si j'étais le président comme dans les grosses soirées de la CCW.

 

En fait, le Centre Marcoux était devenu le Centre NDR tellement que je prenais la cause à coeur; et c'était bien vrai, sans trop me faire reconnaître, je vis du monde jusqu'à l'autre coin de rue. Je me dépêcha de passer de Robert Rancourt en Sunny War Cloud et, en redonnant un autre coup d'oeil au travers un rideau, j'ai bien vu que la salle était pleine, oui pleine jusqu'à la porte en haut et je me suis dit en fixant le ring : "encore une fois , criss que je suis chanceux".

 

Après mon combat qui a super bien été, j'ai filé sous la douche car je ne pouvais rester jusqu'à la toute fin et participer à la fête après le gala, mais dans mon auto sur le chemin du retour, tout en sirotant un café, je prends le temps de répondre à celui qui me disait que le show allait être pourri et je m'explique: « j'ai recommencé à lutter à Beauceville au mois de mai et puis à St-Pascal de Kamouraska en juillet et après ça, seul celui de St-Jérome et de la JCW contre Tank, pour lesquels j'ai vu autant de monde que ce soir lors des 20 ans de la NCW ».

 

« Oui, j'aurais aimé lutter seul contre Steen, Crawford ou Matthews ce soir-là, mais ce n'étais pas ma fête ce soir et pas juste la tienne, mais celle de la grande famille de la NCW, depuis ses tout débuts jusqu'à aujourd'hui ».

 

« S’il n'y aurait pas eu de CCW, la EWR n'aurait jamais existé et les Steele, Storm, Crusher, Xtreem et autres n'auraient jamais atteint leurs apogées et si Frank Blues et Phil Bélanger n'auraient jamais aussi mis de l'énergie au tout début de la NCW, jamais je n'aurais vécu ce que je vis ce soir et aucun de ces jeunes comme Alex Price, Franky The Mobster, Chakal, Sensation et autres n'auraient pu éclore leurs talents ».

 

« De plus, ces vieux has been et ceux qui n'ont jamais été bons pour lutter dans le temps comme tu disais, ont attiré plein de monde aujourd'hui, car ce gars-là comme exemple dans le temps, il avait 23 ans, mais aujourd'hui il en a 38, il est marié avec deux enfants et sa belle famille de 7 personnes + ses nouveaux amis à la job se sont déplacés pour le voir dans un ring, même pour 5 minutes, car ils ne l'ont jamais vu et peut-être qu'ils n’ont jamais su qu'il avait déjà lutté; de plus, ces nouvelles personnes ont appris qu'il y avait de la lutte à cet endroit aux 15 jours ».

 

Donc, ce gala, je veux dire cette recette que Bertrand Hébert et les hauts gradés de la NCW ont préparés, était à mon avis un MUST; oui, vous avez réussi et je vous en félicite et toute l'ancienne bande de la NCW, et si je n'ai pas eu le temps de vous parler ou serrer la main même si je ne vous ai jamais connu, je vous dis un esti de gros MERCI, car j'ai lutté devant une grosse foule, foule que je ne connaissais pas de nom de famille et bruyante à la fois.

 

Oui, votre recette encore une fois a été bonne pour ce gala mémorable, car les galas précédents étaient peut-être, à vos yeux de connaisseurs, beaucoup meilleurs que celui-ci en frais de lutte, car tous les tops y étaient rassemblés, mais ils n'ont pas attiré comme celui-ci. Ce gala du 20ième anniversaire était une attraction et aujourd'hui, c'est bien plate à dire pour notre discipline, mais le public ne court que les attractions, et le principal dans mon cas c'est que mon combat s'est bien déroulé; il y avait une histoire et c'était différent. Si à chaque fois que tu montes dans le ring et que tu te dis: "ça va bien aller, car je suis le meilleur", ça fonctionne, peu importe ce qu'il y a devant toi et même au travail , essayez-le.

 

Juste comme ça , Jacques Rougeau aura présenté cinq shows cette année et ils sont tous dans des arénas avec 1,000 spectateurs et plus, et il en aurait semble t-il neuf de prévus présentement, selon ma source, toujours avec autant sinon plus de spectateurs encore pour les nouvelles places, donc pour ses élèves en ce moment, est-il préférable de lutter neuf fois l'an devant 1,000 spectateurs bruyants ou de s'exécuter une seule fois par mois (des fois deux) devant 80 personnes de l'internet, qui souvent ne donnent plus de "heat", car ils connaissent tout de la lutte.

 

Rendu où j'en suis, en ayant plus de fait qu'il en reste à faire, si je n'aurais pas mes deux gros spotshows, que je ne ferais pas partie de la grande famille de la NCW et que je ne participerais pas aux autres gros évènements en province (St- Ambroise, Beauceville, etc), mon choix serait facile à faire, je serais exclusif à Jacques Rougeau pour neuf fois l'an, mais je m'ennuierais peut-être dans le vestiaire. Cependant, de l'autre côté, ce serait parfait car il y a du monde.

 

Pour mon dernier sujet, je vous avait parlé antérieurement comment un "worker" pouvait en "worker" un autre ou des autres. Là-dessus, je vous fait reculer un peu dans le temps, soit à l'été 1993. Ça faisait 6 mois que j'étais sorti de thérapie et revenu à Jonquière, j'étais en train de me refaire un petit brin monétairement avec le taxi et deux gros spotshows en Juillet, soit à St-Anne des Monts en Gaspésie, où j'avais un très bon cachet, suivi de St-Pascal à la fin de ce mois d'où je n'étais pas mal pris non plus. Je savais déjà que je repartais pour l'Allemagne le 2 septembre, avec Brick Crawford, pour un deux mois minimum à 2,000 marks allemands par semaine, aucun transport à payer et deux jours "off" par semaine.

 

Donc fin juin 1993, Eddy Creathman me téléphona et il me dit: "Salut War Cloud, j'ai un petit spotshow dimanche, le 8 août, dans l'après-midi sur le terrain d'un petit camping à St-Chrysostome sur la Rive-Sud de Montréal; avec tes plumes, ça va pogner".

 

"Combien veux-tu me donner de "pay off" Eddy ?".

 

"Ben écoutes, j'ai pas un gros garanti, c'est pas une grosse affaire, 100.00$ ça fais- tu?".

 

"Ouais Eddy, je pars de Jonquière, c'est pas gros mais ça me tente d'y aller pour revoir mes anciens "boys". Peux-tu me donner 25.00$ de plus, car Jonquière c'est quand même 10 heures de route aller-retour".

 

"C'est Ok War Cloud, on se revoit là-bas et tu sais c'est où l'endroit?".

 

"Je suis un lutteur Eddy, donc un lutteur c'est débrouillard".

 

Un jour avant le show, soit le samedi 7 août, mon petit Ford Escort usagé brise et la réparation ne peut être faite avant lundi. Donc, je demande à un de mes chums s'il peut me conduire là-bas et en même temps, c'est un amateur de lutte. Donc en lui payant le gaz et un repas, je l'avais à mon heure. Eddy m'avait dit que ce n'était pas bien loin du Pont Champlain, mais rendu tout près du pont, en regardant la carte, j'ai bien vu que c'était un peu et pas mal plus loin.

 

En arrivant sur les lieux une heure avant le show, j'ai bien vu que le ring qui était monté avec une couple de 100 personnes présentes et un clown qui amusait les enfants. À une centaine de pieds de là, il y avait je pense une cabane à sucre qui nous servaient de vestiaires. En entrant, j'ai revu mes anciens de Lutte Internationale et Floyd Creathman avait le "booking" en main. Il y avait 6 combats et je faisais le 4ième, tout de suite après l'intermission, soit en équipe avec Tony Ricco contre Tito Senza et Bob Delassera. La finale était Gilles "The Fish" Poisson contre le Bourreau. Richard Charland y était également et là, j'ai vu Ludger Proulx arriver avec Mike Powers, qui faisait partie de la ICW du temps.

 

C'est au début de l'intermission que tout s'est gâté.

 

Là, je vis et tout le monde vit à l'intérieur de la cabane Eddy Creathman qui discutait très fort avec celui qui avait acheté le show. J'entends encore ses paroles et ça criait par la suite.

 

"Heille, l'entente était que tu me donnais le "cash"au complet à l'intermission".

 

"Écouter M. Creathman, c'était la moitié au début et le reste à la fin, c'est ça qui était prévu".

 

"Ben non, on s'est redit que j'allais avoir mon cash pour payer mes gars, tabarnak le ring est monté, on se sauvera pas".

 

"M.Creathman, je suis un homme d'affaire averti et vous aurez votre argent à la fin".

 

"Mon caliss de voleur, tu me fourreras pas icitte, mon esti de chien payes-moi sinon on s'en va. Toé l'indien, tu iras te changer, y a plus de lutte, pas d'argent pas de lutte".

 

"M.Creathman, vous allez être poli et baisser le ton, c'est pas en criant qu'on va arranger les choses".

 

Floyd se mêla à tout ca:"Heille PA, viens. Il va te payer, les gars vont aller lutter et après on reviendra pu icitte".

 

De là, Eddy sauta une coche et il en perdit ses lunettes: "Mon criss de chien de voleur, tu m'as donne tu mon argent".

 

"M. Creathman, je vais appeler la sécurité si vous ne voulez pas comprendre".

 

"Mon esti de chien sale, tu veux me voler? Ça arrivera pas mon tabarnak", et de là Eddy lui avait sa canne à la main donna un vilain coup dans les côtes du Monsieur, qui plia sévèrement en deux. Là, Eddy tenait sa canne comme un bâton de baseball prêt à répliquer en continuant de crier après le gars du show (ce que j'avais le plus peur, c'est qu'Eddy, sans lunettes, ne voyait presque plus ... donc, il aurait pu frapper n'importe qui!).

 

Floyd s'interposa, ainsi que la femme du Monsieur, la sécurité calma les esprits et tout ce beau monde disparus dans une autre pièce pour s'expliquer calmement, hors de notre vue et après presque 30 minutes d'intermission, Floyd me dit qu'on continuait et j'alla faire mon combat.

 

En montant sur le ring, je vis que le gars faisait "un trou" c'était évident, pas plus de 100 personnes et la bière ne se vendait pas tant que ça. Et un show en plein air sous un soleil de plomb, c'est pas évident. À la fin du show, le moment platte: tout le monde attend son "pay off" en se regardant dans les yeux, il fait chaud, tout le monde était fatigué et voulait retourner à la maison ou aller manger.

 

Eddy Creathman fit son apparition avec Floyd tout penaud, tout triste, larme à l'oeil, il arrive devant chacun en donnant une enveloppe tout en chuchotant à chacun à voix basse. Rendu à moi, il me dit: "Des affaires comme aujourd'hui, ca n'arrivera plus et je regrette de m'avoir emporté. Écoute War Cloud, il y a 65.00$ dans l'enveloppe, c'est que tu veux, le gars m'a coupé le garanti en deux parce qu'il n'a pas fait d'argent. Merci beaucoup War Cloud, soit bon et prends soin de toi, je te rappelle c'est sûr".

 

Après que Richard Charland eut ramassé son enveloppe il a crié: "Cheap fuck' n business", après quoi il a viré à l'envers l'énorme marmite d'eau que nous avions pour nous laver un peu après le combat.

 

Arrivé dehors, je vis une fille de St-Anne des Monts que j'avais eu pour un soir et que je ne voulais que pour un soir, 3 semaines précédent lors d'un combat à cet endroit. Elle avait su que je luttais à St-Chrysostome et elle s'était fait reconduire là par quelqu'un qui allait à Toronto et elle avait amené tous ses bagages pour venir vivre avec moi. Ouf quelle journée!

 

Arrivé à Jonquière, je l'ai remise sur l'autobus 3 jours plus tard.

 

Mais, je croyais cette histoire (St-Chrysostome) terminée et enterrée, tout comme Feu Eddy et son fils Feu Floyd. À l'été 2004, lors d'un combat à la CPW de Hull, j'étais attablé à la fin de la soirée dans un restaurant avec plusieurs personnes, dont certaines d'un certain âge et en parlant toujours de lutte et de carrière, j'ai su par une personne qui n'a jamais su que j'avais lutté à St -Chrysostome de sa vie, que 11 ans auparavant, les Creathman avaient "worké" des "boys" avec le gars de la place.

 

Effectivement, le show avait été entièrement payé par un commanditaire et Eddy avait joué la comédie avec le Monsieur qui, pourtant, avait "mangé" un bon coup de canne dans les côtes. Donc, il me manquait 60.00$ et si je multiplie par 14 lutteurs, si on a vraiment tous subi le même traîtement, ca fait $840. dans les poches à Eddy. Ah oui, j'ai oublié de compter l'arbitre.

 

Repose en paix Eddy, jamais je ne t'en voudrai car j'ai tellement appris à tes côtés, en plus de me faire rire des centaines de fois, et je me rappelle aussi lorsque tu as hypothéqué ta maison à St Claire de 50,000.00$ en 1986 et remis par-dessus un autre 50,000.00$ de tes poches dans Lutte Internationale la dernière année de son existence. Eh bien, j'ai profité de tout ça, tu m'as donné du travail pour encore 7 mois et j'ai pris de la bonne expérience. Ça vaut bien plus que 60.00$ tout ça.

 

Bonne semaine!

Sunny War Cloud

   

 

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