"Sous la tente" de Sunny War Cloud,

 

 

Chronique #58 (30 avril 2004)

 

    Bonjour chers amateurs de lutte,
   

Avez-vous vu René Dupré dernièrement à Smackdown? 20 ans 6'3", 265lbs, pas trop gênant à mettre sur un ring. Vraiment un athlète coloré qui devrait inspirer une foule de jeunes à s'entraîner. Je vous accorde qu'il avait un père millionnaire pour le monter là, mais à quelque part, c'est René qui a accepté de trimer dûr à l'entraînement et de s'exiler. Je vais vous faire une prédiction: d'ici trois ans, René Dupré remplacera The Rock à la WWE. La WWE investira dans lui pour des cours d'audition, elle lui fera travailler son micro, bref elle prendra soin de lui. René Dupré et Randy Orton seront les futures grandes vedettes de la WWE. ***

 

 

 

J'ai hâte de lire l'entrevue du Grand Stabber au sujet du Masked Superstar ou Ax Demolition si vous connaissez mieux. Bill Eadie de son vrai nom était à ce que j'ai connu un Monsieur avec de la classe. Un vrai pro dans un monde sale.

 

Mon histoire remonte en 1983 lorsque je participais à des enregistrements à la télé à Sherbrooke pour Lutte Internationale. Gino Brito m'invitait ainsi que plusieurs autres à mettre "over" des tops de la fédération.

 

Étant arrivé tôt à destination par un mardi ensoleillé (les enregistrements se faisaient aux trois semaines les mardis après-midis), j'étais attablé dehors seul au McDonald de la rue King à Sherbrooke lorsque je vis arriver un gros bonhomme d'une belle carrure avec sa femme s'asseoir tout près de moi.

 

Le gars ressemblait un peu à Daniel Boone, l'homme des bois. Au fait, je me demandais qu'est-ce que ce gars là pouvait bien faire dans la vie. Lui et sa femme étaient vraiment bien habillés, genre sport, sourire accroché à leurs visages. J'enviais sa stature pour lutter, oui je l'enviais sans vraiment savoir qui il était. À son départ, je décidai de partir en même temps que lui histoire d'être debout à ses côtés. Dans le temps, je pesais 203 lbs et oui il était plus gros que moi. Arrivés sur le stationnement, je le vis ouvrir la portière de sa femme dans une super belle auto immatriculée des USA et de là il partit dans une direction contraire à moi. Dans ma pensée, je me dis que ce n'est pas un lutteur car je les connais tous de visage mais qu'il a peut-être manqué son coup.

 

Arrivé au Canal 7 et déjà habillé en lutteur, soit en Robert Rancourt avec mes trois suits, je parlais avec plein de lutteurs de mon calibre lorsque je vis Dino Bravo entrer dans notre vestiaire avec Superstar habillé en Superstar avec son masque dans les mains. Jamais je n'aurais cru voir ce même Superstar que je vois à la télé et dans les arénas être à mes côtés et ce sans masque.

 

En me donnant la main, je lui dis en anglais: "Je vous ai vu ce midi au McDonald." De là une petite claque sur l'épaule et un sourire. D'où ce que je vous disais que c'est un vrai pro, c'est que je l'ai épié tout l'après-midi et toute l'année qui a suivi car j'étais pas mal sur le roster régulier après.

 

Bill "Superstar" Eadie était toujours bien habillé, il était propre, poli, ponctuel, sa valise était belle, son linge toujours bien plié ou sur des cintres, sa trousse de voyage bien placée dans sa grosse valise, son agenda bien rempli semblait facile à explorer, son langage était également propre, jamais un mot plus haut que l'autre, aucune grossièreté ne s'échappait de son vocabulaire, bref c'était un top à tous les points de vue, un gars que tout promoteur voudrait avoir.

 

Dans cette même journée, j'ai eu affaire à lui dans le ring, lui qui était avec Sailor White et moi avec Diamond Jim. Quelques autres fois, j'ai eu à travailler avec lui et encore là c'était un charme.

 

Peut-être que quelques jeunes en lisant ce passage peuvent me trouver plate à mourir, mais c'est important de mentionner certaines choses de par un vestiaire de lutteurs professionnels. Ils étaient tous des lutteurs professionnels mais pas tous des pros.

 

Certains parlent fort, veulent se faire remarquer ou ont besoin d'attention, ne pensent pas aux autres dans les vestiaires ou ailleurs, font les caves dans les hôtels, brisent le bien d'autrui dans les arénas, se laissent traîner, ne parlent que de cul ou de brosse, n'ont jamais de savon ou shampooing, jamais de tape non plus, toujours le même linge sur le dos, certains lutteurs ont même volé des Marks sur la route lorsque ceux-ci nous hébergeaient.

 

La lutte a déjà été considérée comme le sport de basse classe par excellence. Bill "Superstar" Eadie a fait mentir quelques personnes qui nous ont jugés avec raison car il était une exception, une exception dans le temps mais un exemple à suivre.

 

Tant qu'à remonter le temps, je vous transporte en 1969 au Centre Georges Vézina à Chicoutimi lors d'une finale entre Abdullah the Butcher vs Johnny Rougeau. D'après vous, la prise du sommeil était-elle vraie ou c'était un work? Qui peut me répondre?

 

Eddy Creatchman armé d'un bâton électrique de 12 volts faisait la pluie et le beau temps avec ses protégés dont Abdullah.

 

Ce soir là, c'était hot car tout le monde voulait la peau de Creatchman alors Johnny Rougeau appliqua la prise du sommeil (qui était son finish avec la clé de bras japonaise) sur Abdullah qui s'évanouit tranquillement mais sûrement. De là la victoire à feu Johnny, mais celui-ci refusa de réveiller Abdullah et retraita aux vestiaires, laissant Creatchman au centre du ring avec son protégé qui dormait et une foule de 3.500 personnes en délire un peu éméchées par la bière.

 

Au même moment, la foule se mit à lancer les chaises de métal ringside sur le ring en direction de Creatchman et Abdullah et d'un trait, celui-ci se leva et couru vers les vestiaires en tenant dans ses bras son gérant; en même temps, Fidel Castillo et le Baron Fritz Von Raske, qui n'avaient pas froid aux yeux, sortirent des vestiaires et allèrent frapper tout ce qui bougea pour venir en aide aux deux autres.

 

Le lendemain dans les journaux et à CJPM TV à Chicoutimi, les journalistes se sont mis à rire de la lutte et en première page, on pouvait y lire: "La lutte est arrangée de A à Z et la prise du sommeil n'est pas vraie."

 

Le mardi suivant, parce que les as de la lutte se produisaient à Chicoutimi dans cette troisième journée de la semaine, Johnny Rougeau demandait deux volontaires dans la foule et ce à toutes les semaines afin que Johnny les endorme et effectivement, même le journaliste du Progrès-Dimanche qui en avait contre la lutte a rêvé pendant cinq minutes ainsi que tous les autres Thomas.

 

Pendant ce temps, le Baron Fritz Von Raske offrit 500$ à n'importe qui voulant le coucher par terre et encore là après 10 secondes, le Baron balançait les meilleurs hommes de la région en dehors du ring assez facilement.

 

500$ en 1969, c'était de l'argent pour un travailleur, mais pas pour Johnny car ce n'était pas cher payé pour sauver la face de la lutte. Depuis ce temps, les chaises ringside sont toutes attachées par bloc de 10. Que de bons souvenirs.

 

Revenons en 2004. Oui la lutte est malade au Québec disent certaines personnes, mais moi je ne les crois pas. Qu'est ce que fait encore Sunny War Cloud dans le ring à 48 ans et dans les tops poids lourds?

 

Je fais présentement la même chose que mon idole Edouard Carpentier faisait aux mêmes âges. Je m'entraîne très fort, je mange très bien et j'ai un bon sommeil réparateur de huit heures. Poisson + poulet + légumes + 10 livres de protéines par semaine + glutamine + cinq sortes de vitamines de toutes sortes résultent que je vis un conte de fée présentement.

 

Les six derniers mois de la CCW ont été néfastes pour moi, j'étais épuisé, plus de shape, j'avais de la misère à lutter, je n'étais plus là en plus d'être agressif, mais là je suis libéré et je suis revenu à mes amours.

 

En conclusion, non la lutte n'est pas malade au Québec mais je veux dire que le talent n'est pas tout aujourd'hui. Stéphane Ouellet avait du talent, Brian Fogarty aussi, Alexandre Daigle également et que dire de Stéphane Richer? Lorsque tu as du chien, que tu acceptes que ce soit dûr, un peu doublé d'une passion, peu importe l'âge tu réussis.

 

 

 

Roger Clemens, 42 ans, est encore un des meilleurs lanceurs de la Ligue majeure de baseball. Guy Lafleur, que j'ai croisé l'autre jour à son restaurant de Berthierville en allant lutter à la NCW, est en parfaite forme même s'il fume encore. À 50 ans dans la LHSMQ, il serait le meilleur compteur et Dave Hilton, 42 ans, même si je désapprouve ses gestes, s'entraîne comme un déchaîné au pénitencier. Regardez bien lorsqu'il sortira, je suis à peu près certain qu'il ira rechercher sa ceinture. Vous voyez à quelque part, avoir de l'orgueil mélangé à de la volonté, c'est très bon.

 

Ah oui j'en serai à mon premier Challengemania à la NCW. J'ai bien hâte surtout que Mélissa fera ses débuts ce même soir à la NCW, après quoi, possiblement sur la scène montréalaise. Karen également donnera de son temps sur les moitiés-moitiés comme elle le fait si bien à la CWA.

 

Comme je vous le disais, ce sera une première pour moi dans cette organisation pour laquelle je n'ai que des éloges à faire. Je comprends maintenant Reaper lorsqu'il disait sur son site que ça valait la peine de faire 2.5 heures de route pour recevoir l'accueil chaleureux qu'il y a là-bas. J'y suis même rendu actionnaire à cette fédération.

 

Ce que j'aime le plus de cette organisation, c'est la chaleur humaine qui s'y dégage. Tout le monde met la main à la pâte et l'épaule à la roue, ce qui fait qu'en deux heures, la salle est montée au complet, vestiaire et écran géant compris.

 

Moi en retour je ne m'impose en rien car je ne suis que lutteur, mais j'écoute les jeunes et je réponds à leurs questions. Tout le monde à la NCW est très bien encadré et personne n'est laissé à lui-même.

 

Vraiment de la grande classe et je vous invite à venir nombreux à Challengemania le 1 mai prochain.

 

Bientôt je vous parlerai de la CWA aussi qui est un autre genre mais vraiment professionnel de par le calibre. Pour ce qui est de la CPW de Hull, je m'en viens et j'ai bien hâte aussi de renouer avec Gino Brito qui m'a donné ma première chance en connivence avec Edouard Carpentier.

 

Vraiment mes fins de semaine depuis janvier dernier sont quelque chose qui me tient à cœur tellement je m'amuse. En plus, je me suis fait faire un beau montage vidéo qui paraît sur tous les écrans géants de ces fédérations.

 

Pour terminer, la EWR se cherche des lutteurs poids lourds? Et oui Paranoid Jake Matthews a reçu un appel non pas du booker, mais qui prétendait avoir besoin de ses services. Jake en athlète fier a rejeté l'offre avant même d'avoir parlé de $ car la chimie est brisée et un pot cassé ne se répare pas.

 

La EWR a carrément manqué de respect avec ce dernier qui se veut un poids lourd de renommée en province et une carte maîtresse sur à peu près tous les galas.

 

Jake Matthews était un pilier à la CCW et jamais je n'ai eu à critiquer son travail et sa forme physique. Souvent il a bravé les tempêtes de neige et sa ponctualité n'a jamais été à discuter (jamais malade, fiable, celui qui se rapproche le plus de Bill Eadie).

 

D'ailleurs avec Lolipop, c'était du deux pour un et celle-ci était à sa place, bien costumée et ne passait pas son temps à bavasser des autres filles et faire du "cruising heat " comme j'ai déjà eu à Québec.

 

Matthews, Brick Crawford et moi-même nous étions finis ou presque pour la EWR en janvier dernier, bref on ne cadrait pas dans vos plans car supposément on ne savait pas lutter "style ROH", mais à ce que je vois, on se tire très bien d'affaires ailleurs en province même que j'ai dû à trois reprises dans le présent mois refuser du booking car j'avais des obligations ailleurs.

 

Est-ce les autres organisations qui ne connaissent pas la lutte? Certains ont plissé le nez lorsque PCO était dans le vestiaire de la CCW le 20 décembre 2003. Sachez une chose les boys, c'est que lorsque vous luttez ou assistez à un gala de la IWS, PCO est le seul qui a un vrai pay off parce qu'il a fait son chemin et qu'il ne pèse pas 150 livres.

 

Christopher Daniels est passé par Québec et oui il a livré tout un combat, mes chums y étaient et ont hautement apprécié le combat. Bravo.

 

Je n'étais pas inquiet pour la performance que Daniels donnerait car il maîtrise très bien son art ainsi que Kevin Steen qui peut lutter avec un balai. 300 spectateurs, dont une centaine de l'extérieur, ont franchi la porte du Centre Marcoux et c'est ce à quoi je m'attendais car le gars n'est pas connu.

 

L'offre (Daniels) m'avait été proposée l'automne dernier, mais je savais connaissant le marché de Québec que je ne casserais pas d'assistance avec lui et que pour le risque, le travail et le stress, je ne ferais pas d'argent avec cette vedette indépendante donc je n'ai pas embarqué dans cette galère et Revolution 1.0 me donne raison.

 

Hardcore Easter, qui se veut le synonyme de Revolution 1.0 (je veux parler de la version 2003) a attiré 610 payants et laissez-moi vous dire que j'ai perdu un nombre considérable d'entrées car à 19h45, Karen a dû sortir la table d'admission à l'extérieur car c'était plein debout partout et plein d'amateurs, passé cette heure, rebroussaient chemin car c'était un vrai "sold out" (j'ai même dû placer mes deux garçons avec Karen pour protéger la caisse, là j'étais en Cadillac).

 

À la fin de cette mémorable soirée (peut-être un record dans l'histoire de la lutte au Québec dans les Centres communautaires), j'ai mis 3.400$ en dessous de ma fesse gauche, publicité (journal et radio) payée ainsi que les dépenses de certains lutteurs.

 

La recette: un bon mélange de poids lourds et de légers, de bonnes histoires comme la WWE le faisait, un bon booking comme Éric Picard savait si bien le faire mais pas juste ça, il y avait le timing dans l'air, le TLC, Matthews, Crawford, Lufisto, les Proulx, les Prisonniers, War Cloud, Steve Rush et plein d'autres locaux qui étaient enflammés ce soir-là et dans les semaines précédentes.

 

Avoir gardé la CCW, Hardcore Easter 2004 aurait été présenté à l'Aréna de Vanier ou celle de St-Romuald et j'aurais amené Abdullah. Il coûte à peu près le même prix que Daniels et pour un "one shot", j'aurais fait plus d'argent qu'avec la vedette de la ROH. La presse sportive de Québec se serait prosternée devant l'ancien protégé d'Eddy Creatchman. Lui il est connu.

 

Ou bien pour le quart du prix, j'y aurais été pour Jacques Rougeau. Oui Sunny vs Jacques Rougeau au Centre Marcoux, la feud est déjà montée et ce dernier est adulé par les journalistes. Jacques est cassé ($) et une poignée de petits bruns dans ses poches lui aurait permis de décoller sa piscine cet été.

 

Pour conclure, un prix de consolation Sunny vs Jayson Reaper. Là aussi la feud de la ville de Québec aurait trouvé preneur. Même si ce dernier n'est pas friand à me rencontrer entre les cordes, une petite enveloppe dans les mains juste avant Pâques aurait adouci mes taloches dans le visage.

 

Je parle pour rien dire car la CCW est fermée pour toujours, mais la venue de AJ Styles et Jerry Lynn prochainement ne fera que faire un peu de vent dans la province.

 

Je me souviens étant jeune, j'avais demandé à Jack Britton (ancien promoteur et père de Gino Brito): "Pourquoi n'amenez-vous pas Bruno Sammartino vs Pedro Morales au Québec? Ils ont rempli le Stade Shea à New York et ce sont les deux tops aux USA."

 

Jack m'a répondu: "Sammartino, c'est mon grand chum mais il va m'attirer quoi ici, il n'est pas connu."

 

De là, j'ai toujours retenu cette phrase de feu Jack Britton. Alors si Christopher Daniels n'est pas sur la carte de Revolution 1.0, il reste combien de spectateurs?


    Bonne semaine!
, c'est pas facile!
    Sunny War Cloud

   

 

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