"Sous la tente" de Sunny War Cloud,

 

 

Chronique #21 (1ier janvier 2002)

 

    Bonjour chers amateurs de lutte, 

                                      

    Dans ce temps de réjouissance et de partage qu'est la fête de Noël , je souhaite de tout coeur que vous passiez le plus beau des Noël soit en amour, en harmonie, en famille et que la nouvelle année qui arrive, en soit une de succès pour vous tous et que vos projets et ambitions se concrétisent jusqu'au bout. De mon côté, ce Noël en sera un de repos en famille avec mes enfants tout en appréciant le plus gros cadeau que  Dieu m'a donné soit une santé de fer et la joie de m'avoir donné la force et les outils pour acquérir mes dix ans de sobriété.

 

 

 

    Je m'en remets à votre indulgence pour cette chronique pour ceux que çà n'intéresse pas mais un recul en arrière de 10 ans me fait du bien car je ne suis pas guéri de cette terrible maladie et sachez qu'à tous les jours je me bats contre mon ennemi que j'aime tant soit la cocaïne.  Venez sous la tente, je vais vous partager ce passage de ma vie qui en a été un d'enfer et de ténèbres.

 

    Le 9 Décembre 1991, c'est le jour d'où je suis entré en thérapie soit à la Maison Mélaric pour y être transféré 11 jours plus tard à la Maison le Rucher car mon cas était trop "hot".  Hot qui veut dire dans le jargon "irrécupérable".  Je suis arrivé en thérapie avec plus rien, plus d'estime de soi, débâti moralement, plus d'amis, plus un sous en poche avec un sac vert à moitié vide, un loyer impayé depuis trois mois, des dettes de téléphone, de câble T.V., d'électricité et des beaux enfants que j'ai laissé à eux mêmes tellement j'avais honte de moi, tellement que je n'étais plus capable de les regarder dans les yeux. 

 

    Le coeur blessé, l'étoile de Sunny War Cloud avait fondu comme neige au soleil car ce nom n'était même plus une référence ou un modèle à suivre dans la vie et dans le ring.  Mon temps de consommation n'a pas été excessivement long mais cela en a été tout un car je devenais dépendant et pas à peu près, débile en plus, je n'avais pas de bout lorsque j'étais en manque, la douleur était atroce autant physiquement que psychologiquement.  Sous l'influence de cette "cochonnerie" qu'est la cocaïne mélangé au cognac, j'ai fait des choses qui vous feraient dresser les cheveux sur la tête, des coups pendables qui auraient résultés le pénitencier mais Dieu était de mon côté, je suis blanc comme neige, aucun dossier judiciaire, au fait je ne sais pas comment est fait une prison. 

 

    L'année 1991, je n'ai fait que consommer, jour après jour, je ne vivais que pour çà, tout était en fonction de çà, la malhonnêteté, le mensonge, la supercherie, l'arnaque, le vol, plus de job, plus de lutte non plus car les trois derniers combats en plus d'être merdique, je ne m'en souviens presque plus tellement j'étais "gelé".  Les promoteurs provinciaux m'ont carrément dit de rester chez moi car eux aussi avaient détecté un problème après un no show de me part.  Je ne pesais plus que 185 lbs en Novembre 91.

 

 

Qu'est ce qui fait que l'on arrête de consommer?

Pourquoi je décide de me prendre en main?

Quand choisis-t-on d'aller en thérapie?

Est-ce lorsqu'on n'a plus d'argent, plus d'amis, plus de job, qu'on est malade ou en prison.

 

    Toutes ces raisons sont bonnes mais je vais vous dire que c'est lorsque l'on atteint notre bas fond, oui notre bas fond personnel, parce que j'ai eu peur, vraiment peur et ce 9 Décembre 1991, j'étais prêt à tout faire pour changer ma vie et c'est ce que j'ai dit à mon premier intervenant à Mélaric.  Je lui ai demandé de l'aide, de m'aider car je n'étais plus capable de diriger ma vie, plus capable de gérer mes sentiments, au fait ils m'ont suggérer de me débarrasser de cette carapace de cet indien indestructible, de l'image de Sunny War Cloud et de revenir et de connaître l'être qu'est Robert Rancourt avec ses forces et faiblesses.

 

    Le suicide?  Non j'aime trop la vie pour çà même lorsque j'avais mal et pour moi, ce serait été un geste lâche envers mes enfants car ils auront toujours besoin d'entendre ma voix même si de temps à autre je n'ai rien à dire.

 

    Le 4 Novembre 1991 vers midi soit un mois avant de partir en thérapie a été pour moi un gros revirement à une prise de conscience à m'en sortir et malgré tout ce que j'absorbais en étant gelé comme une balle ou autant dans les hallucinations, je restais quelque peu en contact d'avec la réalité car cette journée j'entendis une petite main frapper à ma porte de derrière de la rue St-hilaire à Jonquière, caché derrière les stores, j'aperçus mon fils Dave soit Davey Lawless aujourd'hui qui était venu chercher son cadeau d'anniversaire de ses 10 ans à l'époque et ce malgré une pluie froide d'automne.  N'ayant pas dormi et ce sur la brosse depuis trois jours, le logement dans un désordre indescriptible, j'étais tellement laid et triste à regarder, rempli de honte, incapable d'affronter le miroir, j'ai refusé de lui répondre après quoi je l'ai regardé s'en aller à la pluie.  Je n'avais de l'argent que pour la coke, ma coke, j'en frisonne encore en vous écrivant ceci.

 

    Je commençais à me sentir sur la mauvaise voie et je voyais le fond arriver et vite.  Sachez que le bas fond d'une personne est unique car vous n'avons pas tous le même fond; il y en a qui sont bien dans leur merde ou qui sont trop orgueilleux pour se prendre en main; certains ne le font pas pour eux-mêmes et dans ces cas, la majorité échoue.  Plusieurs se suicident ou acceptent d'aller en prison car pour eux, la thérapie, c'est trop dûr ou cela représente un geste de lâcheté; au contraire car cela prend un courage énorme pour passer à travers une thérapie comme le Rucher dans le temps ou bien Mélaric, Portage et Carignan qui sont tous d'une durée de six mois et plus, stage interne s.v.p.

 

    La thérapie, c'est un choix personnel, le choix de s'en sortir ou de crever.  Dans la vie, tu as toujours le choix; le choix de bien faire, de vivre une vie saine, équilibrée, rempli d'amour et d'honnêteté ou bien d'être toujours caché, dans le mensonge et la noirceur.  Je n'ai aucune pitié pour quelqu'un qui est constamment en prison ou dans la merde pour cause de consommation car c'est son choix, c'est lui qui a choisi de vivre comme çà et personne ne peut l'aider si il ne demande pas d'aide et ce une aide sincère car moi je suis très dûr voir féroce dans mon aide.  Une seule dérape et je te laisse tomber.  Écoute moi attentivement et je vais tout faire pour te sortir du pétrin. 

 

    Savez vous qu'un alcoolique toxicomane fait souffrir 15 personnes autour de lui.  Les bonnes maisons de thérapie que j'ai mentionné ont tous les bons outils pour te redresser car ce sont tous des ex alcoolique toxicomane qui dirigent ces maisons.  Il n'y a pas de diplômes après les murs dans ces bureaux, mais le diplôme de la vie, de la rue, des gars qui ont du vécu, qui ont tous subis mais à quelque part, ce sont des personnes qui en ont eu assez tout comme moi de sniffer les trottoirs la nuit et de vivre caché dans les garde robes le jour.  Il ne faut pas penser non plus qu'après une thérapie réussi, tu auras un travail garanti, une voiture neuve, et que toutes tes dettes seront effacées.  Non çà ne marche pas comme çà. 

 

    La vrai thérapie commence pour toi car là tu n'as encore rien et c'est à toi de te refaire une vie équilibrée avec les outils de six mois.  Le fait de te retrouver un travail, un nouveau loyer souvent de préférence dans une autre ville, de nouveaux amis, de faire mention honorable à tes créanciers, de vivre honorablement et sobrement; tout çà demande une force de caractère et du courage.  Moi lorsque je suis entré en thérapie, c'est parce que j'en avais assez et je savais que je ne consommerais plus, du moins je prends les moyens pour ne plus retomber.  Après mon stage, j'ai choisi de demeurer  à St-Casimir à la maison le Rucher pour travailler comme pour débuter intervenant de plancher après quoi, j'ai superviser des groupes, faire des partages de ma vie dans des écoles, dans le comté de Portneuf, des entrevues médiatisées pour ensuite me retrouver agent de liaison en allant sortir des gars de prison, les évaluer et les emmener en thérapie.  C'était là mon vrai salaire, de partager mon goût de liberté face aux souffrances que j'ai eux.  C'est ma nourriture tout comme la lutte, le plaisir d'aider les autres.  Vouloir changer sa vie pour le mieux, c'est possible mais sans le mot "honnêteté" vous ne passerez pas au travers et pour moi l'honnêteté se définie comme une qualité qui fait agir ou penser de manière à mériter l'estime d'autrui et de soi-même.

 

 

C'est vraiment me montrer tel que je suis

C'est d'exprimer ce que je ressens face aux autres

C'est de vouloir aider les autres à m'aider

C'est d'accepter ma réalité pour la changer pour le mieux

C'est d'être capable d'avoir mes faiblesses et mes peurs

C'est d'accepter la défaite

C'est de connaître ses limites

C'est m'aimer avec mes défauts et mes qualités

C'est d'être capable d'accepter que je ne suis pas parfait

C'est de me donner ce qui me revient si je fais des efforts

C'est de m'imposer face à une situation ou je fuyais auparavant

C'est d'être capable de dire à quelqu'un je t'aime ou je ne t'aime pas.

Voilà pour moi c'est çà de l'honnêteté.

 

    Laissez tomber vos chums négatif, ceux qui veulent rester dans leur merde, entourez vous de positif, de soleil, de clarté.  Soyez toujours occupé en faisant des choses valorisantes, s'acquérir des fiertés en est un autre.  Fixer vous des buts, couchez vous à 23:00 et levez vous à 7:00 en faisant votre lit, votre chambre, en déjeunant, prenez une bonne douche, faites votre vaisselle de cette manière si quelqu'un vient vous rendre visite, il va retrouver un endroit propre et rangé et çà reflètera sur vous; vous ne serez pas gêné de recevoir de la visite.  Chez moi à ma résidence, c'est propre et c'est beau, pourquoi?  Parce qu'il n'y a pas de brosseux, pas de fumeurs et on n'enlève nos chaussures dehors.  Au début ma conjointe me disait et plusieurs personnes également; "Sunny, t'es plate, t'es ennuyant et t'es pas de party. 

 

    Oui c'est  vrai et ne me demande pas de me voir sur la brosse car tu vas voir que oui je suis le "fun" et comique au début mais qu'après vous allez la trouver moins drôle car je deviens "transformer".  Je n'ai rien contre  ceux qui ont du plaisir là-dessus car il y en a qui ont un contrôle sur eux mais pas moi.  Je ne m'abstiens pas non plus d'aller dans les bars lorsque j'en ai envie car j'aime çà et j'affectionne encore plus les bars de danseuses mais je sais comment me tenir car je connais mes forces et faiblesses.  Je bois du café ou le la .5, je jase avec les gars car je n'ai jamais eu de difficulté à communiquer mais lorsque passer minuit tout le monde est en déséquilibre et que le dialogue ne se fait plus, ma conjointe et moi nous nous retirons.  Je n'ai pas à les juger car c'est moi qui a cessé de consommer de même que mes lutteurs, certains et plusieurs boivent et ont du fun.  Je n'ai rien contre çà car c'est leur choix et ils ont leurs expériences à vivre et leur jeunesse à faire.  Ils arrivent à la lutte à jeun et ce qu'ils font après les regardent; cependant si un jour il y en a un qui dérape et qui a vraiment besoin d'aide, je serai le candidat no. un pour lui venir en aide et çà ils le savent tous car avec moi personne n'est seul abandonné à lui-même.  Mon téléphone est ouvert 24 hrs par jour pour mon personnel.

 

    Aujourd'hui après 10 ans, j'ai appris à dire "Non" contrairement au temps de ma consommation.  On se fait pas des amis à dire toujours oui, les amis nous aiment pour nos valeurs et ce qu'ils ressentent à côté de nous.  Je ne donne plus mes "shorts" pour avoir des amis, c'est fini ce temps là.  Par contre je suis habitué à me faire dire "Non" car je suis un malchanceux de nature, un incompris quoi; c'est pour çà que j'aime les comiques du Road Runner car le "coyote" me ressemble beaucoup dans la vie.  Une sobriété est dûre à conserver car c'est continuellement un combat de tous les jours mais j'ai toujours mes quatre armes favorites pour m'aider : soit d'en parler, de l'écrire, d'en pleurer ou d'en rire.  Lorsqu'il m'arrive quelque chose d'agréable ou d'un drame, j'utilise mes armes pour m'en libéré car je ne garde rien en dedans de moi.  La toxicomanie, c'est la maladie des émotions et le tout est relié à la dépendance affective et aujourd'hui je suis capable de maîtriser ces émotions et sentiments du fait même que mon approche doublé à ma communication font que je vais plus facilement vers mes besoins et lorsqu'il m'arrive un pépin ou que je fais un mauvais choix, ce n'est pas toujours la faute des autres comme avant. 

 

    Mon autonomie et ma confiance en moi ont fait qu'aujourd'hui, je suis capable et en mesure de prendre des décisions sans toujours avoir besoin d'approbation.  Je ne vis plus en fonction des autres.  De que les autres en pensent de moi, je m'en fous, car si je suis bien comme çà, c'est moi la personne la plus importante.  Souvent je suis niaiseux, je déconne mais mon sourire n'est pas artificiel ou commercial, il est sain et plein d'amour.  Je ne suis pas guéri au grand NON mais je suis constamment en contact d'avec moi-même et même si souvent je m'ennuie de mon "ami" qu'est la cocaïne, je ne prends même pas la chance de ressayer juste une fois pour voir car je me souvient toujours d'où je viens et pour ceux qui ne l'ont jamais essayé, ne prenez jamais cette chance car je suis allé voir pour vous et vous pouvez aller encore plus bas que moi. 

 

    Je ne cours plus les meeting N.A. et A.A. comme avant mais de temps à autre, je passe un Dimanche après midi dans une grosse maison de thérapie pour saluer les gars qui sont en traitement et cela me permet de me remettre  en question, de voir d'où j'étais auparavant et de me ressourcer convenablement  car atteint comme je l'étais, je ne peux me permettre un relâchement.  D'où j'ai mal, c'est que dans mon groupe au Rucher, nous étions 21 au départ et que sur les quatre qui ont terminé la thérapie, je suis le seul qui est encore debout et que même après 10 ans il y a encore des personnes soit au Saguenay ou en province qui ne m'ont pas encore reparlés ou pardonnés.  Vous voyez les ravages que la drogue peut faire.  Si vous êtes tanné de pleurer et de souffrir, lâchez moi un "call".

 

    Aujourd'hui je respire, je me sens bien, je suis heureux car je suis enfin libre.

 

    P.S. Si j'ai aidé au moins une personne dans cette chronique, mon travail est fait et j'ai cheminé.  À quelques reprises, j'ai été sollicité pour un travail d'intervenant dans ces maisons de thérapie.  Cela me fait chaud au coeur mais je n'ai pas le temps, mes priorités sont à la C.C.W.

 

 

    Bonne semaine,

    Sunny War Cloud

 

p.s: note du webmestre, je n'ai pu récupérer la première page de l'article.

 

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