"Sous la tente" de Sunny War Cloud,

 

 

Chronique #4 (27 décembre 2000)

 

Bonjour chers amateurs de lutte,

    Je profite de l'occasion pour vous souhaiter un joyeux temps des fêtes remplis de bonheur, en famille et l'année qui vient 2001 la meilleure qui soit.

    Et bien l'hiver est drôlement arrivé chez nous et aujourd'hui il fait froid, venez vous réchauffer "Sous la tente" autour d'un bon feu, on va jaser un peu de lutte.

    La merveilleuse école secondaire les Etchemins de Charny présentait, il y a deux semaines, un programme de boxe avec comme invités quelques membres de la famille Hilton.

 

   

    Comment vous trouvez cela? J'ai été refusé il y a quelques temps pour des spectacles de lutte pour mille et une raisons dont le côté "violence" et que tout d'un coup la boxe serait devenue synonyme de "broderie". À ce que je sache, j'appelle ça de la discrimination, de l'injustice. Est-ce le fait de s'appeler "Hilton" passe mieux dans le vocabulaire de ces dites personnes, à qui sont rattachés pleins de pouvoir de décisions? Je n'ai pas fait d'enquêtes et je n'ai pas rappelé les dirigeants de cette école parce que justement je ne voulais pas sauter de "coches" afin de passer quand même une bonne journée.

    Au début du mois de décembre 2000, j'ai reçu la visite au Centre Mgr Marcoux lors de l'entraînement d'un père de famille qui voulait inscrire son jeune à des cours de lutte pour la prochaine session qui débutera le 21 janvier 2001.

    Il me demanda: "Dans combien de temps mon garçon va passer à la tv?"

    Sur un ton ironique je lui dit:"Jamais!"

    "Quoi jamais!"

    "À quoi ça sert de lui faire prendre des cours si il ne peut gagner sa vie là-dedans; il adore la lutte."

    "Monsieur, la lutte c'est un loisir; oui un loisir, le plus beau des loisirs."

    "Oui mon garçon a 16 ans, il mesure 6 pieds et pèse 200 livres et il excelle dans tous les sports particulièrement le baseball; il est lanceur."

    "Monsieur Tremblay (nom fictif), si votre garçon lance du 100 mille à l'heure, et bien investissez dans lui dans le baseball car il va venir millionnaire beaucoup plus vite que dans la lutte."

    "Assoyez vous monsieur Tremblay, je vais vous causer pendant que Kevin Martel est occupé pour la prochaine heure avec les élèves."

    "Vous monsieur War Cloud, vous avez quand même gagné votre vie dans la lutte?"

    "Seulement une partie de ma vie et à part ça je suis une exception, oui une grosse exception car je n'ai jamais vu ou rencontrer un lutteur ayant aimé ou placé en priorité chaque jour de sa vie à la lutte. Je peux vous compter des passages dans ma vie qui vous ferait redresser les cheveux sur la tête, d'ailleurs je suis certain que la moitié de mon récit serait pour vous un tissu de mensonges mais c'est la pure vérité. Je suis un fou, un malade et c'est peut-être pour ça que je suis heureux. Des sacrifices j'en ai fait et j'en fait encore. Regardez monsieur Tremblay, les jeunes dans le ring, ils sont bons et ils s'amusent, oui, mais si leurs parents ne seraient pas venus les reconduire ici au Centre Marcoux, je suis certain qu'il en manquerait la moitié. Moi rien ne m'arrêtait, aucune température, aucune distance même, j'y ai laissé des emplois et pleins d'autres choses personnelles dont je ne peux parler."

    Dans les années 80, il y avait pleins de territoires dans le monde et beaucoup moins de lutteurs; c'est dits territoires ont fermé avec la venue en grande pompe de la W.W.F qui ont pris les "Tops" de chaque territoire et la W.C.W a suivi par après. Aujourd'hui il n'y a que deux fédérations qui engagent et il y a plus de 5000 lutteurs sur le bien-être au États-Unis, je parle des jeunes qui n'ont pu faire les camps d'entraînement au football professionnel et qui par après se sont inscrits dans les grosses écoles de lutte grâce souvent à des parents fortunés mais qui en bout de liste se retrouvent confinés après maintes applications à des rôles très secondaires qui ne paient même pas la bouffe pour la journée.

    Avez-vous vu le film "Beyond The Mat" ? Le film est quand même explicite. Après ça c'est un sport américain dont les papiers de travail (green card) sont très dures à obtenir et aujourd'hui les offices de lutte se doivent d'être en règle avec le gouvernement américain. Souvent il te faut prouver que tu n'enlèves pas la place d'un américain qui lui a payé 5000 dollars US pour les cours de lutte et que lui ne travaille pas. Dans mon temps, je luttais au noir aux États-Unis, ma valise de lutte était dans le coffre de la voiture d'un autre lutteur lui américain mais aujourd'hui, une organisation solvable ne m'engagerait pas ainsi et de plus les contrôles se sont resserrés au douanes. Au Canada il n'y a aucun moyen de gagner sa vie dans ce sport.

    Il y a aussi le fait que nous sommes des canadiens français, l'accent demeure et dans les entrevues cela ne rime pas avec leurs positions. Les fans ou mêmes les "Boys" voient que nous sommes québécois, des "Frogs" en somme, regardez dans le baseball ou le hockey nous sommes marqués, étiquetés.

    Regardez, j'ai fait deux fois le tour du monde antérieurement et depuis 1994, je n'ai pu sortir du Québec parce qu'il n'y a pas d'ouvrage et lorsque je dit "sortir du Québec" c'est parce qu'il faut que ça en valent la peine aussi.

    Vous savez monsieur Tremblay, le show de la télévision soit la W.W.F ou la W.C.W; croyez-vous vraiment que les lutteurs s'amusent?

    Et bien NON!

    Ils travaillent forts, très fort et ils sont constamment sur le stress; le stress du temps, des blessures, de perdre leur emploi car c'est une "jungle" dans laquelle il n'y a pas d'amis. Tout le monde veut le "break" de l'autre et tout le monde est exploité; il n'y a pas de place à l'erreur et la marge à l'indiscipline est nulle.

    Au hockey, au baseball ou autre, les athlètes sont protégés par une association de joueurs, un syndicat et des agents qui veillent sur eux tandis qu'à la lutte, tu es seul; ce sont les spectateurs qui sont les boss ce sont eux qui décident lorsque tu es en chômage. Celui un jour qui inventera un syndicat pour les lutteurs sera un génie et un sauveur parce que diable qui en a des "Boys" dans la misère. D'un autre côté, ces personnes ont fait un choix; ils ont choisi d'être lutteur mais souvent est-ce qu'ils étaient vraiment préparés à cette vie; avant d'être dans les hauts sommets, il faut que tu manges "ta merde" il y a un rite là-dedans, une initiation.

    Le meilleur endroit pour cette initiation, ce sont les provinces maritimes avec Émile Dupré. De mai à septembre pour trois années consécutives, 7 jours sur 7 et la fin de semaine en double sans compter les combats royaux et un mardi sur trois l'enregistrement de la tv à Moncton à 9 heures du matin pour trois combats; voyager à 8 dans une van qui en contient 6, demeurer à 4 dans un 3 et demi ou bien être 5 lutteurs dans une chambre d'hôtel, je l'ai vécu.

    Les salaires étaient tellement minimes qu'à mon arrivée sur ce territoire, les lutteurs qui étaient déjà là n'étaient pas au courant que mes enfants à Jonquière mangeaient 3 fois par jour. Il te faut composer avec un budget et avoir le sens de l'économie. Beaucoup de "Boys" ont désertés après seulement deux semaines car ce stress, la fatigue et les blessures ont pris le dessus. Si tu es blessé, et bien performes et lutte sinon c'est dehors! Il y en a pleins d'applications dans le bureau d'Émile Dupré et ça c'est comme ça partout ailleurs. Il y en a qui ont survécus car leurs parents leur envoyaient de l'argent pour subsister.

    À Calgary, c'est un autre genre de territoire, la camaraderie est beaucoup meilleure, le dimanche c'est "off", le salaire est plus élevé, mais la route nous tuaient, environ 3 mille milles par semaine; et lorsque tu es en Europe, en Afrique ou au Japon, et bien ce ne sont pas les mêmes langues, les mêmes coutumes, les religions et pas les mêmes lois. Il te faut composer avec le décalage horaire, l'ennui, la communication et encore une fois la douleur. La carte d'assurance maladie de l'autre côté ne marche pas et tu te dois d'être à ta place car tu n'es pas chez vous et les lois sont contre toi; souvent il n'y a même pas d'ambassade canadienne. Ton pire ennemi là-bas c'est le téléphone, ennemi pour l'ennui et pour le budget. Lorsque tu es rendu dans ces pays là c'est parce que tu es bon, parce que tu as franchi d'autres étapes antérieures et parce qu'il y a quelqu'un qui a parlé pour toi parce que dans la lutte et dans la vie, ce n'est pas qui tu es, c'est qui tu connais. Oui les salaires sont meilleures dans ces endroits mais aussi parce que tu avais une bonne attitude. Oui le mot ATTITUDE est un mot clé dans la lutte, j'en parlerai plus tard dans une autre chronique de la définition des mots attitude et talent. J'ai vu des gros hommes de 6 pieds 5, 300 livres pleurer dans le téléphone parce que depuis deux jours ils n'avaient pas parlé à leurs blondes.

    Vous savez monsieur Tremblay la plupart de ceux que vous voyez à la télé, ils sont passés par là, ils ont mangé "de la merde" à quelque part, à part peut-être ceux qui mesurent 7 pieds mais encore là, ce ne sont pas ceux là qui sont champions du monde. Regardez dans la ligue junior majeure du Québec seulement 3% iront dans la ligue nationale et dans la lutte au Québec, même pas 1%.

    Ceux qui sont à la télé aujourd'hui et qui ont eu la vie facile auparavant ne le seront pas longtemps car ils n'auront pas développé cette ATTITUDE dont je vous parlais car moi-même en Nouvelle-Écosse j'ai été "rossé" en 1986 en plein combat royal parce que j'allais trop bien., j'étais sur un "pink cloud"

    Sur ce monsieur Tremblay, apprendre la lutte coûte moins cher que le hockey ou le baseball mais n'oubliez pas la lutte, c'est un LOISIR.

    Est-ce que votre garçon va toujours s'inscrire en janvier 2001?

    "Je vais vous rappeler monsieur Rancourt, merci!"

    J'ai rencontré ce monsieur le 3 décembre dernier et depuis aucune nouvelle.

    Sunny War Cloud

   

 

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