"Sous la tente" de Sunny War Cloud,

 

 

Chronique #3 (5 décembre 2000)

 

Bonjour chers amateurs de lutte,

    Nous en sommes rendus déjà à la troisième chronique; celle-ci portera entièrement à propos de mon idole de jeunesse, mon inspiration, celui qui m'a toujours suivi et qui a créé Sunny War Cloud; je parle de nul autre qu'Édouard Carpentier. Venez avec moi sous la tente, je vais vous partager l'adulation que j'avais et que j'ai toujours pour cet homme.

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Je vais vous faire reculer dans le temps, soit en été 1960, par une belle température (je m'en souviens encore), mon père Yves Rancourt aujourd'hui décédé, grand amateur de lutte m'amena à la lutte au Centre Georges Vézina de Chicoutimi et je crois qu'il se l'est souvent reproché. La finale opposait Buddy Rogers, sur qui Ric Flair a copié, et Sweet Daddy Sicki à Larry Moquin et Édouard Carpentier. Je crois que je pourrais encore vous donner un résultat détaillé de ce combat tellement j'étais fasciné de ce sport et surtout par Édouard Carpentier, de qui je m'en suis fait un idole. C'était pour moi un superman, un goldorak, en fait à cinq ans comme je n'étais qu'un enfant, je lui reprochais de ne pas être mon oncle mais au fil des ans, c'était comme un parrain. Vous savez que dans ces années-là ce fût le premier lutteur à avoir un tel physique et d'une souplesse incroyable.

 

    Il portait des belles prises, il avait le "timing" et de plus il était solide. Il a toujours lutté dans l'ombre de Johnny Rougeau, du moins Édouard n'avait pas d'entrevues, et Johnny le surpassait par son charisme et sa présentation qui était hors pair. Je ne suis vraiment pas retourné à la lutte jusqu'à l'âge de douze ans, histoire que mes parents voulaient me faire changer d'optique dû à une trop grande dépendance à ce sport et, de plus, l'émission de lutte "Sur le matelas", qui était diffusée à 23 heures les lundis soirs, les plaçaient hors contrôle car je m'acharnais à vouloir contourner leurs décisions négatives d'écouter la lutte à une heure aussi tardive, soit-disant que l'école était primordial dans mon cas. À l’été 1967, ce fût pour moi un retour au Centre Georges Vézina et il y avait deux finales et mes billets étaient achetés d'avance soit au Gymnase Chicoutimi, qui était la propriété de Dan Walker qui aussi s'occupait de la promotion. La première finale mettait au prise Johnny Rougeau et Yvan Koloff et la seconde, par équipe, Waldo Von Erich et Hans Schmidt face à Édouard Carpentier et Don Mc Clarity. Ce fût pour moi un retour aux sources car mon histoire se continuait de sept ans plus tôt. La "cabane" était pleine et Édouard avait pour moi repris d'oủ il avait laissé. Il était incroyable, spectaculaire, tout concordait dans le ring, je n'avais que yeux pour lui, je voulais être comme lui, je voulais m'appeler Carpentier. La semaine suivante, le show était au Palais Des Sports de Jonquière et deux heures avant il y avait la traditionnelle entrevue des lutteurs avec Yves Jobin. La finale mettait au prise Johnny Rougeau et Édouard Carpentier (L'équipe de rêve) à Maurice Vachon et Johnny Valentine. Essayant de me faufiler des estrades populaires au ringside afin de voir Édouard Carpentier de près, je fût surpris par un placier du Palais Des Sports de Jonquière, qui à mon grand étonnement était le père d'un de mes amis, camarade de classe; il me dit que tous les mercredis matins, soient les lendemains de la lutte au Saguenay, quelques lutteurs dont Édouard Carpentier s'entraînent au Gymnase de Chicoutimi du Boulevard Lamarche. Le lendemain à 9 heures, j'y étais. J'avais fait le trajet Jonquière-Chicoutimi à vélo afin de voir mon idole s'entraîner. Une grande déception m'attendait, non pas qu'Édouard Carpentier ne soit pas là, au contraire, mais celle du propriétaire du gymnase Dan Walker également promoteur qui m'expulsa sur le champs; ce même Dan Walker, bête comme ses deux pieds n'a jamais eu d'entre-gens et n'était pas un homme de publique; personne le l'aimait à ce que je connaisse même Édouard ne la jamais porté dans son coeur mais son gymnase était ma porte d'entrée pour rencontrer Édouard et le voir de près encore mieux que dans les ringsides.

    La culture physique m'a toujours fasciné : eh oui, son gymnase était beau et complet et là, à douze ans, je m'y suis abonné; ça coûtait 36$ pour un an. De cette façon, Walker ne pourra plus m'expulser. Il y avait de la lutte à tous les mardis soirs et j'y étais assidûment, suivant les combats d'Édouard et deux semaines plus tard, j'étais là dans le gym sans aucun programme d'entraînement, épiant Édouard Carpentier. Il semblait distant et froid en même temps; je n'osais pas lui parler mais diable que j'étais illuminé, j'étais comme une religieuse qui était devant la Sainte Vierge. À la fin de son entraînement, je le suivi dans le vestiaire et pilant sur ma gêne je lui dit: ""M. Carpentier, je veux vous parler, vous êtes mon idole et je veux faire un lutteur." Il me regardais du coin de l'oeil et il me demanda: "Quel âge as-tu? 12 ans M. Carpentier. Tu as seulement 12 ans, tu en parais 15 et tu es aussi grand que moi (à 12 ans, je mesurais 5 pieds 10 et je n'ai jamais repoussé depuis). Il était musclé avec des bras gros comme ma tête. Il rajoute: "Écoutes, je dois partir, d'ailleurs tu es à la bonne place, fais des poids et mange bien." Le soir même, il luttait à La Tour de Québec. La semaine suivante, à la fin du mois d'août, juste avant les classes (secondaire 2), il était là encore au gymnase Chicoutimi, en compagnie de Dale Roberts, et essayant de l'épater en m'entrainant avec de trop lourdes charges, il me dit: "Écoute le jeune lutteur, tu t'entraînes tout croche, prends plus léger et fais le droit." J'étais devant lui comme un jeune des années 80 devant Hulk Hogan ou d'un d'aujourd'hui devant The Rock.

    Finalement dans le vestiaire, tout en avalant un jus d'orange, en me regardant il me dit: "Tu as du chemin à faire, tu es maigre et chétif mais tu as l'air d’avoir une bonne tête." Sur ce, il enchaîne en disant: "Fais de la culture physique, de la course, mange beaucoup et inscris toi dans une école de lutte. Tu sais le corps humain, c'est une machine, une forte machine. Prends-en soin et il te suivra." Jamais je n'avais écouté quelqu'un aussi religieusement, et il reprit:" Tu sais mon jeune si tout le monde courait un mille par jour, les hôpitaux seraient vides; comme je te le disais tout à l'heure, ton corps c'est une puissante machine, ton coeur, c'est le moteur, ton foie c'est la transmission et ton sang c'est de l'essence; une auto mal entretenu à 50 mille milles, c'est comme un humain qui ne s'est jamais entretenu et qui a 50 ans. Regardes les personnes qui boivent de la boisson, mangent mal et gras et qui fument, eh bien à 50 ans, ils ont un malaise et ils voudraient qu'avec une prescription le tout serait réglé. Tu es ce que tu manges; la nourriture c'est 50%, le repos 30% et l'entraînement 20%. Prends des protéines, des vitamines le matin, entraînes-toi fort pour prendre du poids et fais beaucoup de gymnastique; n'oublie pas de courir tous les jours afin d'habituer ton coeur à ton nouveau poids. Sois l'orgueil de tes compagnons et ne ménages ton argent pour tout ce qui à trait à l'entraînement. Ton physique t'ouvrira pleins de portes dans la lutte."

    Là, il disparût dans la douche. J'étais comme Moise qui avait reçu ses commandements. Ce fût un héritage pour moi, des règles d'or, son secret. J'ai toujours suivi ses conseils et je les ai toujours prêché à de jeunes élèves et à mes deux garçons Dave et Michel. J'ai recroisé Édouard Carpentier dans les années 70 dans la Lutte Grand-Prix et dans divers autres programmes. J'ai fait le marathon de Montréal en 1982, de même que celui de la Francophonie de Chicoutimi; la course des portageurs de 1980 à 1984 dans le cadre du Carnaval souvenir de Chicouimi, soit une course de 15 km avec un sac de sable de 100 lbs sur les épaules et j'étais le seul marathonien dans ces épreuves 200 lbs et plus. J'ai fait mon premier combat le 27 Septembre 1970 à la salle Durocher à Chicoutimi et depuis, je n'ai jamais cessé partout en province car Édouard me disait de voyager, de changer souvent de ville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

    Je luttais dans la région avec un petit groupe ayant à la tête Maurice Gagnon, Paul Ménard, Jérémy Bolduc, Léo Tremblay et Robert Gagné, et de temps à autres au Centre Loisirs St-Jean Baptiste de Montréal. Je n'ai jamais eu l'agilité d'Édouard Carpentier mais tout ce qu'il m'avait dit, je l'ai mis en pratique, à part m'exiler du Québec car j'ai toujours eu des bons emplois au Saguenay jusqu'en 1984, lorsqu'un changement dans ma vie familiale me laissa libre de suivre ses recommandations, j'étais un espoir canadien #1 à monter dans les grandes ligues.

 

 

    Arrivé pour de bon à Montréal en septembre 1984, je suis allé à son école au Centre Paul Sauvé, histoire de polir quelque peu mon style… après quoi il me suggéra fortement, dû à mes origines indiennes, de personnifier un lutteur indien, un lutteur capable de soulever les foules, d'être accepté du public et de plus d'avoir de la couleur; de cette manière l'ascension se fera plus rapidement.

 

    Édouard soumit le tout à Dino Bravo et Gino Brito, qui lui me connaissait car j'étais partout sur son chemin. Le tout a été accepté sur le champs et je suis devenu Sunny War Cloud. Dans cette même année et la suivante, 1985, Dino Bravo et Gino Brito se sont très bien occupés de moi, surtout Gino à qui je dois beaucoup car il a un peu pris la relève d'Édouard Carpentier; d'ailleurs à la fin de 1986, Édouard m'a donné quelques bons contacts avec l'Europe, soit en France avec M. Roger Delaporte et en Allemagne avec M. René Lassartesse; par la suite, il m'a envoyé dans les maritimes pour Émile Dupré. La fin de 1984, l'année 85 et 86, j'y ai lutté presqu'à tous les soirs; quel rêve réalisé. Je peux vous dire que Sunny War Cloud c'était "HOT" en Europe. J'y ai même affronté des gars que je voyais lutter étant gamin, des gars tels que Sweet Daddy Sicki, Dale Roberts, Abdullah The Butcher et même Le Sheik.

    En 1993 j'ai été comblé car j'ai lutté en équipe avec Édouard et même s’il n’était plus le même qu'avant, je peux vous dire qu'il était constant et que ses coups portaient toujours. Et pour le dessert, il est monté sur la 3e corde pour faire son backflip; la foule de Montmagny était debout sur leurs chaises et n'avaient d'applaudissements que pour lui; à 68 ans. il faut le faire car il y en a qui ne peuvent traverser la rue à pied au même âge, ce qui prouve une chose, c'est que le corps humain c'est une vraie machine lorsqu'on en prend soin.

 


 

    Merci 1000 fois Édouard Carpentier pour tout ce que tu as fait pour moi et pour la lutte.

    Aujourd'hui je retransmets ton message. Sur ce, je vous quitte: il fait beau dehors je m'en vais cou
rir.


    Sunny War Cloud

   

 

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